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Éducation aux médias : une urgence citoyenne et pédagogique

Depuis la loi de refondation de l’école de 2013, l’éducation aux médias et à l’information est devenue une mission fondamentale de l’école. Un projet politique humaniste, qui adosse l’éducation aux médias aux valeurs des droits de l’Homme...

Les attentats perpétrés en janvier et novembre dernier ont durement mis à mal les valeurs de tolérance et de « vivre ensemble » qui fondent notre société. Ils remettent l’éducation aux médias et à l’information au cœur des préoccupations éducatives.Même si elle n’est pas un remède à tous les maux, elle est un moyen de lutter contre les discours de haine, de décrypter les images, de permettre une distanciation avec les images comme avec les messages, et de faire accéder l’ensemble des jeunes à la complexité et à la pluralité des discours médiatiques.
Bien avant ces tragiques événements, les instances européennes avaient encouragé les États dans la mise en place de programmes d’éducation aux médias estimant qu’ils permettraient de garantir une bonne « autorégulation » des jeunes, et un usage approprié des plateformes numériques. Mais cela s’avère insuffisant !

Au sein du collectif Enjeux e-medias, nous militons pour une diffusion large de l’éducation aux médias et à l’information, sans nous cacher l’ampleur de la tâche. Nous considérons de ce fait que l’éducation aux médias ne saurait pallier un déficit des politiques publiques médiatiques, qu’il s’agis­se de favoriser l’offre de contenus adaptés aux jeunes selon leur âge, ou d’offrir une régulation des espaces médiatiques qui assure la protection des droits fondamentaux, l’interdiction de l’incitation à la haine et au racisme, la protection de la vie privée et des données personnelles, la protection des mineurs vis-à-vis de l’accès banalisé et facilité aux images de violence et de violence sexuelle, notamment. L’offre de contenus médiatiques disponible pour les jeunes est certes pléthorique mais principalement fournie par des médias soumis à une logique de maximisation de l’audience, qui conduit à un appauvrissement des contenus. C’est ainsi que les programmes de téléréalité conservent une audience importante auprès des jeunes et ont envahi les nouvelles chaînes de la TNT tout en promouvant bien souvent la compétition à outrance, la dérision, la mise en danger de soi, l’impossibilité des solidarités et en diffusant une représentation ré­gressive des identités sexuées. Le service public a un rôle majeur à jouer, ce qu’il fait notamment en lançant un magazine d’information pour et avec les jeunes sur France 4 « T’as tout compris », mais qui ne compense pas la suppression de la seule émission française d’éducation à la science, « C’est pas sorcier ». Sur le web, ce sont les grandes plateformes qui sont consultées principalement par les jeunes qui favorisent également la logique du buzz et de la simplification.

Un nécessaire continuum éducatif

De son côté, le succès de l’éducation aux médias n’a rien de simple ni de mécanique, comme toutes les autres missions d’éducation à la complexité et à l’esprit critique. Former des citoyens autonomes, capables de construire sur des contenus médiatiques un point de vue personnel mais argumenté, en s’appuyant sur une con­naissance du fonctionnement des médias, est un objectif ambitieux qui nécessite de nombreuses con­ditions. L’une d’entre elles est l’engagement des enseignants quelle que soit leur discipline, tant les angles d’approche possibles et souhaitables sont nombreux, à condition qu’ils aient reçu une formation adéquate. L’autre est celle d’un continuum éducatif, c’est-à-dire d’une transmission de repères communs au-delà de l’école, par les structures périscolaires, associatives, mais aussi par les parents.

Les pratiques médiatiques des jeunes sont en effet aujourd’hui intensives, individualisées, précoces et, depuis près de dix ans, se déclinent entre consommation de médias professionnels, consom­mation de contenus générés par des internautes non professionnels, et production de contenus. Même si la grande majorité des jeunes internautes sont davantage lecteurs que rédacteurs sur les plateformes numériques, ils participent à la cons­truction des espaces publics médiatiques et à la diffusion de l’information par le partage de vidéos, de photos, ou de mes­sages. Leur responsabilisation sur ces espaces est donc une urgence. Par ailleurs, il convient de noter que la culture spontanée qu’ils se constituent grâce aux médias n’est pas faite que d’information, elle est aussi constituée de fiction, de téléréalité, de réseaux sociaux, de jeux vidéo, de publicité…

Pour construire des réponses éducatives pertinentes, la connaissance des pratiques des jeunes est nécessaire. Elle montre (notamment dans l’enquête sur la Basse- Normandie ; lire encadré ci-dessous) l’ampleur de ces pratiques mais aussi des difficultés considérables pour s’orienter dans une information souvent chaotique. Il est désormais nécessaire dans tous les lieux sur et hors le temps scolaire d’introduire systématiquement des parcours d’éducation aux médias et à l’information à l’ère du numérique, à visée citoyenne, critique, culturelle… un projet politique hu­maniste, qui adosse l’éducation aux médias et à l’information aux valeurs des droits de l’Homme et de son émancipation.

  1. Sophie Jehel est maîtresse de conférences à l’université Paris 8, coprésidente du comité scientifique du collectif Enjeux e-medias.

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48 % proposent et développent des actions autour du numérique.


Données issues de l'enquête nationale en ligne réalisée entre juillet 2014 et mai 2015.